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Kouassi Koffi Mathurin (président de la FARECI) : « nous attendons que la protection sociale puisse partager les soucis des personnes âgées»

En Côte d’Ivoire, la politique sociale en faveur des personnes du 3ème âge reste à désirer. Une situation que le président de la Fédération des Associations de Fonctionnaires et Agents de l’Etat à la Retraite de Côte d’Ivoire (FARECI), M. Kouassi Koffi Mathurin déplore dans cette interview qu’il nous a accordée. Pour le Président de la FARECI, les personnes âgées attendent de tous leurs vœux, que ce service social puisse partager leurs soucis.  

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Monsieur le Président, comment pouvez-vous décrire la situation des personnes du 3ème âge en Côte d’Ivoire ?

Il faut être assez clair, au niveau de la Côte d’Ivoire, nous n’avons pas encore une politique sociale préétablie pour les personnes du 3ème âge. C’est maintenant que le gouvernement y pense et nous avons eu des séances de travail dans ce sens. Je le dis souvent, lorsque je rencontre les autorités  ivoiriennes qui nous accompagnent, chaque fois que c’est nécessaire, que ce n’est pas normal qu’on pense à la pédiatrie (la médecine pour les enfants), qu’on pense à une médecine générale, c’est bien. Mais où on met la médecine des personnes du 3ème âge, à savoir la gériatrie ? Aujourd’hui dans les pharmacies, les médicaments  concernant les personnes âgées sont mélangés à tous les autres médicaments. Et ce sont les généralistes qui nous visitent, qui nous accompagnent dans notre santé, dans nos maladies. Ce n’est pas normal.

M. Kouassi Koffi Mathurin (3è a partir de la droite) et ses compères luttent pour le bien-être des personnes âgées

Nous sommes à un temps moderne, tout se spécialise. Il y a des ophtalmologues, il y a des spécialistes dans toutes les pathologies, alors pourquoi pas les gériatres pour les personnes du 3ème âge. Mieux, nous avons aussi, par exemple, une formation sociale. Cette formation sociale doit intégrer la prise en charge des personnes du 3ème âge. Généralement, on nous classe parmi tous ceux qui sont porteurs de handicap. Nous tous, en tant que personnes du 3ème âge, sommes considérés comme des gens qui doivent être accompagnés. Et la constitution dans son article 32 prévoit cela. Mais est-ce que ça se fait ? Il y a un exemple que je prends souvent et j’en suis fier. Au niveau des aveugles, des sourds-muets, il y a une école de formation et des prises en charge. Aujourd’hui il est question de les traiter comme des citoyens à part entière. Parce qu’ils ont des capacités que l’Etat ivoirien peut exploiter. Mais on oublie que la personne du 3ème âge est un trésor pour un pays.

Aujourd’hui, quelles sont les attentes des personnes du 3ème âge de la part de l’Etat ivoirien ?

Le Président de la FARECI (costume gris) entouré des présidents des associations affiliées à sa fédération

Lorsqu’on parle de progrès dans un pays, il faut tenir compte de ce qu’on fait pour le 3ème âge. Si rien n’est pour cette catégorie de la population, cela enlève des points dans les calculs de la promotion du pays. En Côte d’Ivoire, on jette un coup d’œil aux personnes âgées une seule fois dans l’année. Parce que la communauté internationale, au niveau de l’ONU, a initié une journée internationale pour le 3ème âge. Mais pourquoi pas tous les jours pour le 3ème âge ? Les personnes âgées courent les rues des villages, des grandes villes, des grandes cités, et parfois ils sont seuls. Comme je le disais, s’il y avait une intégration de leurs soucis dans la formation et des écoles de formation sociale, on pourrait recruter des accompagnateurs pour ces personnes du 3ème âge. Je suis triste quand parfois, pour des questions de maladies de perte de mémoire, on a des parents qui s’égarent. Les communiqués fusent sur les réseaux sociaux où sur les antennes des radios pour annoncer la disparition des personnes d’âge avancé, depuis des mois.

Et vous pensez qu’en Côte d’Ivoire, il n’y pas de politique allant dans le sens du bien-être des personnes âgées ?

Le Président de la FARECI lors d’une conférence de presse

A partir de 75 ans, il n’est pas indiqué pour la personne du 3ème âge de sortir seule. Elle doit être accompagnée soit, par un membre de sa famille ou par une personne issue d’organe spécialisé. La Côte d’Ivoire a la capacité de le faire. La preuve, lorsque les étudiants sortent de l’école de formation sociale, ils ne sont pas affectés, on les laisse pour compte. Il y en a qui sont sortis depuis des années qui n’ont pas de poste. Pourquoi le gouvernement ne les oriente pas vers ces personnes âgées. Ne serait-ce que pour les aider à aller aux soins dans les hôpitaux, les aider à prendre un car ou un véhicule de voyage, etc. Vous savez aussi les actes que des jeunes posent dans les cars de transports en ne cédant pas la place aux personnes âgées.  Dans les banques, ils sont dans les rangs comme tout le monde. Pas de guichets dédiés aux séniors. Pourtant ils y ont des comptes. Pourquoi ne pas les aider à bien faire leurs opérations en créant les conditions relatives à leur âge.  Bref, les personnes du 3ème âge ont besoin d’accompagnement social. Et le service social est bien indiqué pour cela. Et nous attendons de tous nos vœux, que ce service social puisse partager nos soucis et que ces personnes-là soient répertoriées et soient accompagnées. Même dans nos villages, les personnes du 3ème âge sont abandonnées devant ou dans la case par tous ceux qui ont les bras valides pour aller vaquer à leurs occupations champêtres. La personne âgée reste seule dans le village à la merci des bêtes sauvages, des serpents dangereux et surtout de la faim. Il n’y a personne pour prendre soin d’elle. Les gens ne rentrent que dans la soirée, des champs. Les séniors ont besoin d’assistance. Nous avons besoin de gériatres, il est bon, quand vous allez à l’hôpital, qu’un spécialiste en la matière vous prenne en charge, ainsi, vous avez la chance de guérir facilement.

La situation des personnes âgées préoccupe beaucoup le Président Mathurin Kouassi et les membres de sa fédération

Quelles actions avez-vous menées, en tant que responsables d’associations, pour amener les autorités ivoiriennes à corriger cette situation ?

Dans les perspectives, nous avons écrit et nous continuons de crier notre peine à l’Etat ivoirien pour que ces genres d’actes soient posés. Il nous faut au moins une maison aérée quelque part dans le pays ou à Abidjan, et qu’on demande aux mairies de s’associer à l’Etat pour construire dans leur commune des maisons spécialisées pour les personnes âgées. Dans ces maisons aérées on peut mettre des outils d’adaptation. Car quand on a un AVC, on a besoin de se réadapter à la vie. Il peut y avoir un gymnase et un certain nombre d’outils pour aider celui qui est paralysé à reprendre la mobilité de ses membres. Nous n’avons pas ces dispositions. Nous sommes obligés de nous tourner vers les structures privées qui disposent de ces outils. Et cela nous revient cher. Si nous avons ces petites maisons, avec les outils et des médecins spécialisés, on peut aider valablement les personnes du 3ème âge.

Le Président de la FARECI lors de son élection

Pour terminer, où en êtes vous avec les démarches pour une révision à la hausse des pensions ?

Il y a aussi cette histoire de défiscalisation. Quand on est à la retraite, on continue de payer l’impôt. Ce n’est pas normal. Impôt général sur revenu, ITS, les taxes etc. On a payé ces impôts pendant 30 ans, pendant qu’on était en activité et cela devait s’arrêter au moment où nous partons à la retraite. Et le fait de ne pas indexer un impôt sur la pension, cela peut lui donner un peu plus de valeur pour le retraité. Surtout que l’Etat ne révise pas ces pensions. Logiquement, chaque fois que le coup de la vie augmente, on devrait pouvoir réviser la pension à la hausse. Ce qui ne se fait pas malheureusement. Mais nous y travaillons et nous en parlons à notre tutelle pour que ces choses puissent être prises en charge. Ce n’est pas facile, mais nous y travaillons tous les jours. Nous avons un pays en construction, on n’exige pas tout dans l’immédiat. Mais qu’il y ait un départ. Lorsque les promesses sont faites et qu’on met ces promesses en chantier, ça soulage. Mais quand rien n’est fait, ça décourage.  Je souhaite donc que l’Etat ivoirien jette un coup d’œil sur la situation des personnes du 3ème âge qui en ont vraiment besoin.

Réalisée par Eugène YOBOUET

Eugène Yobouet

Mon nom est Eugène YOBOUET. Je suis journaliste à ivoirehandicaptv.net depuis le 04 janvier 2021. Au paravent j'ai exercé comme writer à Opéra New d'avril 2019 à Juillet 2020.

Un commentaire

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