Témoignages

Côte d’Ivoire: L’histoire d’un jeune homme vivant en situation de handicap devenu responsable commercial

Je suis tombé d’un manguier le mercredi 24 janvier 1994, aux environs de 14 heures, à Korhogo (Nord de la Côte d’Ivoire). Je revenais de l’école et je voulais cueillir une mangue. Etant en haut, la branche sur laquelle j’étais a cédé et je me suis retrouvé par terre avec le bras droit fracturé. Après l’accident, j’ai été directement conduit chez un tradipraticien pour des soins, sur conseils de la femme de mon tuteur. Le tradipraticien a mis une pâte sur la partie fracturée et une bande pour emballer mon bras et je suis rentré à la maison.

Le lendemain, ma grande sœur, qui vivait dans un village de Korhogo est venue me chercher pour m’amener au CHR de Korhogo. Une fois à l’hôpital, le médecin, tentant de retirer la bande constate que ma peau se retirait également. Mon bras était enflé et j’ai subi par la suite une opération. Après, je me suis retrouvé pendant 3 jours dans centre de santé de Ferkéssédougou (Nord de la Côte d’Ivoire) et par la suite j’ai été transféré au CHU de yopougou (Nord d’Abidjan) ou j’ai passé 6 mois. Pendant tout ce temps, j’ai subi plusieurs greffes car la peau du bras était considérablement dégradée. C’est avec une partie des peaux de mes cuisses que les différentes greffes ont pu être effective. J’ai aussi été amputé des doigts du bras droit après 2 semaines de séjour. Selon les médecins, mes doigts avaient une gangrène et il était primordial de les amputer. C’est dans cet hôpital que j’ai appris à écrire avec ma main gauche puisque j’écrivais de la main droite. Ce témoignage est pour moi une occasion de dire aux personnes vivant avec un handicap d’être fortes mentalement car seule cette force pourra les amener à surmonter tous les problèmes auxquels ils sont confrontés. Moi personnellement, je n’ai pas baissé les bras après l’accident, j’ai continué mes études jusqu’à ce que j’obtienne mon Master en Marketing et Communication. De plus, je suis père d’une belle famille de 3 enfants et je suis bien épanoui.

Aux jeunes bien portant qui aiment la vie facile, il faut qu’ils arrêtent cette vie car elle conduit aux mauvaises pratiques qui pourraient détruire toute leur vie. C’est vrai que la vie n’est pas facile mais, il faut s’armer de beaucoup de courage pour affronter la vie. Il faut aller à l’école et éviter de prendre des raccourcis pour regretter plus tard. Il faut tout confier à Dieu et avoir une force d’esprit et le souci perpétuel d’un bien-être pour pouvoir s’en sortir.

Je loue la très belle initiative de www.ivoirehandicaptv.net et je remercie aussi la responsable, Mme Danièle Adahi qui est une personne qui fait beaucoup depuis 2015 pour les personnes vivant avec un handicap. Bien avant qu’elle ne soit là, pratiquement aucune personne vivant avec un handicap ne pouvait rêver de travailler dans une structure privée et aujourd’hui, grâce à elle c’est chose faite. Moi-même, j’ai eu mon premier stage professionnel grâce à la première édition Handiemploi en 2017. Aujourd’hui, je suis responsable commercial et communication dans une structure de la place. Je lui dis merci d’avoir pensé à nous et d’avoir mis à notre disposition le premier média au service des personnes vivant avec un handicap en Côte d’Ivoire. Que Dieu bénisse ce projet.

Je souhaite que l’Etat de Côte d’Ivoire fasse encore plus pour nous. C’est vrai, il fait de son mieux pour insérer ou pour financer les projets des personnes vivant avec un handicap mais après il va falloir qu’il ait une réorganisation afin de permettre aux structures privées de se pencher sur cette couche de la population qui est un peu vulnérable.

Propos recueillis par Rosa Baya

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